WandaVision : Ma Sorcière Bien Lésée

La première série TV Marvel en exclusivité sur la plateforme des studios Disney vient de se conclure. WandaVision est le premier opus de la phase 4 du Marvel Cinematic Universe, post-Avengers Endgame et Spider-Man: Far From Home, tout deux sortis en 2019. Dorénavant les studios de Kevin Feige joueront sur les deux écrans… petit et grand. En réalité, la belle part est faite à la plate-forme de SVOD Disney+ qui peuple un peu plus son catalogue avec des nouveautés.


Alors oui, Les studios Marvel avait bien évidemment bâti leur premier fait d’armes à la télévision avec leurs premières séries TV et cartoons avant un timide et piètre. essai au cinéma au début des années 1990 avant de passer la cap du nouveau millénaire avec succès et affluence.
Par la suite, les studios (une fois passée sous la coupe de Disney) ont essayé une première fois de développer leur storyline ambivalente à la fois sur les antennes de télévision et sur les écrans de cinéma… sans grand succès. Et pour cause, hormis peut-être sur les co-productions avec Netflix (l’univers Defenders) les adeptes ne sont pas vraiment aux rendez-vous devant leur postes de télévision. Pendant sept ans Agents of S.H.I.E.L.D. luttera pour maintenir son audimat et Agent Carter sera annulée au bout de deux saisons. Devant le gouffre d’audiences entre ses films et ses séries TV, le studio Marvel ne pouvait pas se risquer de jouer la carte de la storyline sérielle trans-médias. Les fans des personnages des écuries Marvel ne trouvaient pas un grand intérêt à suivre des intrigues télévisuelles dénuée des enjeux dramatiques dont il était coutumier devant les projection 3D en les salles obscures. Inversement, les producteurs était contraint de ne pas entrevoir des bouleversement et rebondissement majeurs dans la narration de leurs univers devant ses productions boudées par le public, au risque de créer une confusion générale dans la continuité de la narration. En perspective, il s’agit bien là d’un vrai syndrome du serpent qui se mord la queue. Mais ça, c’était avant…

22.56 milliards de dollars plus tard, au Box-Office mondial, Marvel retente le coup avec cette fois, un atout colossal dans sa manche: Plusieurs stars du Marvel Cinematic Universe signent pour être également aux génériques des nouvelles séries TV, créant un coup de projecteur assez sensationnel sur ce que fait Marvel avec le petit écran. Et cela, pour 100% des bénéfices car seule Disney+ aura la diffusion.

C’est donc dans cette optique que sort WandaVision créant alors un arc narratif centré sur les personnages éponymes de l’univers Marvel. Chaperonnée par la showrunner Jac Schaeffer, WandaVision démarre sa narration en étant consciente de ce passage du grand écran au petit… La série TV déploie alors un concept méta. Les aventures de Wanda et de Vision se déroulent à Traver un revival de 50 ans de sitcoms américaines, du premier âge d’or de la télévision jusqu’au débit du XXIème siècle. Chaque épisode évolue dans une esthétique et des références propres à une décennie (enfin sur le papier.) Mais passé ce high concept, la série n’a plus grand chose à offrir…

Car oui, le show a osé faire le grand saut: Passer de but en blanche la guerre intergalactique des Avengers à une série comique relève de la cascade, et les deux premiers épisodes bénéficient de l’étonnement des spectateurs devant un tel partis pris. Que s’est-il donc passé entre ces deux périodes. Pourquoi ce changement d’époque? Pourquoi Vision est-il revenu à la vie? Aussi étrange que le contexte paraisse, l’atmosphère fonctionne. Nous voilà plonger dans le quotidien couple de Wanda Maximoff et Vision, suivant un train de vie lambda tout en essayant de dissimuler leur pouvoir psychique (ou quantique?) aux yeux des autres. Il faut noter que la reproduction de cet atmosphère de sitcom des années 1950-60 fonctionne à merveille. L’aura rétro est palpable à travers la direction artistique, les acteurs font des étincelles avec leur jeu comique et les clins d’oeil à The Dick VanDyke Show et I Love Lucy pleuvent. Même le sens du casting est à souligner ici. En effet, l’actrice Debra Jo Rupp y fait un camée, ce qui ne pas sans rappeler la démarche déjà vintage de la série TV That ’70s Show dans laquelle elle jouait. On a toujours admirer chez les faiseurs de Marvel leur connaissances et inspiration geek quasi-encyclopédique sur les sciences et la pop culture. Le spectateur est véritablement plongé au coeur de cet espace temps. Le premier épisode se conclu même sur un cliffhanger très énigmatique qui n’est pas sans rappeler la force anxiogène de The Twilight Zone… Le côté Série TV méta fonctionne, des jeux de mise en scène (génériques d’ouverture et de fin, effet de ‘rewind‘) renforcent même la tension dramatique au milieux de ces premiers épisodes comiques.

/!\SPOILERS/!\
Mais au delà de ces épisodes, tous ces partis pris s’essoufflent. Le punch de l’intrigue de la série est donné est donné dès la fin du quatrième épisode. Et la capitation s’évapore déjà, alors les producteurs nous ramènent des personnages pour nous stimuler à nouveau. Les acteurs Kat Dennings et Randall Park présent dans les films Thor et Ant-Man reviennent pour l’occasion. Rien à faire, les sous-intrigues vécues par les personnages secondaires alourdissent le ton et les efforts mis en place par la série dans ses prémisses. Même le cliffhanger du premier épisode se révèle au final anecdotique. Tout les rebondissements nous paraissent vains et le dénouement dramatique devient de plus en plus prévisible.
Car oui, bien sûr, Wanda et ses pouvoirs mystiques (ou psychiques?) sont à l’origine de cette anomalie dans l’espace-temps. Incapable de surmonter son deuil suite à la mort de vision, elle s’enferme dans une réalité alternative, inspirée de son enfance en Sokovie bercée par les VHS de sitcoms
WOW!!! INCROYABLE, C’EST BRILLANT D’ORIGINALITÉ. C’EST DINGUE SE QU’ON ARRIVE À CRÉER COMME RESSORT D’INTRIGUE DRAMATIQUE AVEC DES FLASHBACKS PAREILS! J’HALLUCINE… MAIS SÉRIEUUUUSEMENT ???

Il n’a plus rien d’attrayant à suivre les péripéties redondantes de nos personnages et les incohérences s’accumulent. La production se tire même une balle dans le pied à mi-saison, lorsqu’elle ramène le personnage de Pietro, le frère de Wanda, au coeur de cet univers.
Ce qui faut savoir ici, c’est quand externe Disney a racheté 20th Century Fox avec qui, ils se battaient pour les droits de certaines licences Marvel (c’est cette « guerre » qui est à l’origine de la cission entre les X-Men et les Avengers pour ce qui est des adaptations cinématographiques.) Avec le rachat de la Fox, beaucoup de fans se demandaient comment la réunification de ces différentes licences des comics-book allaient se faire à l’écran. d’autant plus que le personnage de Pietro, étant le seul à être présent dans les deux univers, a du être joué par deux acteurs. Il y a d’abord Evan Peters (dont le rôle est rebaptisé Peter Maximoff, en plus d’être le fils de Magnéto) pour les films X-Men, produit par la Fox. Puis, il y avait Aaron Taylor-Johnson dans le rôle pour les Avengers de Disney, apparut dans Avengers: Age of Ultron en 2015. L’acteur n’ayant pas voulu renouveler son contrat avec Marvel durant la production du film, a provoqué la mort de son personnage à la fin de cet opus. Donc grand tournant pour WandaVision lorsque le personnage de Pietro réapparait sous les traits de Evan Peters mais qui débouche sur un nouveau flop scénaristique dépourvu de sens et qui ne laisse présager rien de bon pour l’évolution du potentiel des sagas Marvel au cinéma…

Sans être pour autant trop racoleuse, WandaVision s’égare dans la mièvrerie au détriment du voyage intime de son héroïne. La représentation de son rapport au deuil est bâclé, noyé derrière des scènes des actions moches et des querelles futiles entre ses personnages. Même les gimmicks de sitcom n’ont plus le même effet qu’au début du show. Les références à Malcolm in the Middle et Modern Family deviennent lassantes. Le coup de grâce est porté à la série durant ses deux ultimes épisodes ou l’antagoniste se dévoile (ce qui est à la fois inutile et encore plus alourdissant pour l’intrigue) dans un nouveau flashback teinté d’univers de sorcellerie tellement cheap que s’en est désuet (si c’était pour faire un hommage à Charmed, Bravo, c’est encore raté.) Arrive alors le final, qui au vue de son résultat (aucun changement majeur depuis la fin de la phase 3 du Marvel Cinematic Universe) nous laisse une forte impression de temps perdu devant cette série.

Dans cette ambition de storyline trans-média, WandaVision n’est pas un prototype concluant. La faute a des partis pris sous-exploités et difficilement raccord avec les bases instaurées du Marvel Cinematic Universe. Mais après le cocktail rocambolesque de voyage intersidéral et de charges martiales, la case ‘programme du petit écran’ qui se passe dans un petit patelin ne sied pas du tout au super-héros de Marvel. La lettre d’amour à la sitcom s’estompe sous le cahier des charges de la série d’action calibrée au style exécutif des studios Disney. Reste à voir comment le personnage de Wanda rebondira dans le futur de Marvel (elle est déjà attendue dans le prochain film Doctor Strange in the Multiverse of Madness, prévu pour le 25 Mars 2022.) Par ailleurs, force est de constater le talent des comédiens qui brillent dans leurs différents registres et genres qu’imposait cette série. Mention spéciale à Elizabeth Olsen, Paul Bettany et Kathryn Hahn dans les rôles principaux.

Note : 2 sur 5.

Victor Colt. 05 Mars 2021. Montréal.

Un avis sur « WandaVision : Ma Sorcière Bien Lésée »

  1. Ça clashe sévère !
    N’étant pas abonné, je n’ai pas vu la série, mais le concept avait pourtant tout pour m’intéresser, notamment cette revisite façon sitcom pour une adaptation télé. Certes, la base reste le scénario et là, visiblement, ils n’ont pas fait mieux que pour les Agents du SHIELD. Il serait temps qu’ils embauchent les scénaristes de Daredevil et Punisher. 😉

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