The Eddy

« Play It Jazzy For Me »

Après First Man (2018), son biopic sur Neil Armstrong, Damien Chazelle revient à ses premiers amours, mais cette fois pour le petit écran. The Eddy est une mini-série de huit épisodes racontant les hauts et les bas d’un jazz club parisien. Un voyage revigorant et rocambolesque dans les coulisses d’un jazz-band contemporain.

Plus précisément, il s’agit d’une collaboration entre le réalisateur de La La Land (2016) et le scénariste/producteur britannique Jack Thorne qui a dirigé l’intégralité des huit épisodes. Chazelle a assuré la réalisation des deux premiers épisodes, tout en étant rattaché au projet en tant que producteur exécutif.

L’histoire nous plonge dans le quotidien de « The Eddy », ce club sur la décadence. Malgré le brillant travail de Jack Thorne, il est difficile de ne pas penser à la patte de Chazelle sur l’ensemble de The Eddy, tellement on y retrouve les thèmes phares au cinéaste oscarisé en 2017, déjà présent dans ses trois premiers longs-métrages. De la vie de bohème des musiciens au XXIème siècle en passant par la préoccupation face à une présumée « Mort » du jazz sur la scène musicale et au rythme de vie autodestructeur de ses protagonistes pour s’accomplir pleinement en tant qu’artiste.

The Eddy est assez atypique, difficile de lui trouver des modèles d’inspiration dans le paysage télévisuelle -peut-être Treme (2010) de David Simon et Eric Ellis Overmyer- et des services de vidéo à la demande. Énième déclaration d’adoration au jazz de la part de Chazelle, cette série réussit pourtant encore à captiver le public, sans être redondante… Mais alors, pourquoi The Eddy est vraiment bien ?

Il faut d’abord noter les notes de renouvellement qu’elle apporte au sujet.
Le brio revient à son écriture de série TV chorale. On y suit l’évolution de plusieurs personnages dont la vie est rattachée au club parisien. Chaque épisode se concentre sur l’un des personnages principaux, à leurs parcours difficiles et leurs destins incertains. Toutes ces histoires se rejoignent et gravitent autour de l’intrigue principale, celle de Elliot Udo, ancienne gloire du Jazz, reconverti en manager du groupe et du club qui doit faire face à plusieurs péripéties trépidantes. Des problèmes extérieurs, comme lutter contre l’oppression de la mafia locale, à des conflits intimes, comme renouer des liens avec sa fille, Elliot a la vie dure. Ne sachant plus où donner de la tête devant l’accumulation des dilemmes moraux dans son quotidien, il s’efforce de se battre pour son rêve de succès dans le milieu du Jazz.

Du drame à des instants de pures comédies, du thriller policier à des scènes d’extases mélodieuses, The Eddy réussi parfaitement ce cocktail de genres cinématographiques en convoquant subtilement les archétypes qui se rattachent à cet univers jazzy (le milieu de la nuit, la criminalité, les addictions, le spleen musical..) La série baigne dans cette atmosphère très swing et trouve le juste tempo pour nous absorber dans les backstages de la musique.

Une autre bonne trouvaille de la série est de conter cette histoire au croisement des cultures et de retranscrire la dimension cosmopolitaine de la musique. The Eddy réunit des personnages de tout horizon, partageant l’amour de la musique. La série repose sur cette aura internationale où se mêlent délicieusement l’anglais, l’arabe, le russe et le français.

Le tout est bien sûr impeccablement servi par une mise en scène enivrante (notamment ceux réalisés par Chazelle et son style « caméra en 16mm au poing ») qui embarque les téléspectateurs au coeur de ce voyage harmonieux et mélancolique de près de huit heures. Voyage qui évoque, sur la fin de la série, les origines du Jazz même, quand la musique quitte les le prestige pompeux des clubs pour retourner aux prestations, en ballades dans les rues de Paris, représenté ici sans les clichés habituels. Il faut noter également l’excellente performance et alchimie qui fonctionne entre les membres du casting. Certains acteurs, d’ailleurs, ne sont pas des comédiens professionnels. Mention spéciale toute fois à l’actrice Leïla Bekhti qui livre une prestation très touchante de par son charisme solaire.

Note : 4 sur 5.

Victor Colt. 27 septembre 2020. Montréal.

USA 2020. Netflix Original.
The Eddy
Créé par Jack Thorne, Damien Chazelle
8 épisodes
Musical
ft. André Holland, Joanna Kulig, Leïla Bekhti

Disponible sur Netflix

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