Pour Sama: Ode à l’espoir

Waad Al-Kateab a un seul but avec son documentaire Pour Sama, montrer tout ce qu’elle a fait pour sa fille. Caméra à la main, elle est décidée de nous mettre dans l’ambiance quotidienne de sa vie, en nous faisant un portrait de sa ville, Alep, qu’elle chérit; noircit par les bombes et les flammes, les bâtiments sont en miette, certaines infrastructures ne tiennent que sur un poteau. Lorsque nous voyons cela, on nous met déjà dans un bain dramatique et prenons conscience de ce qu’il se passe.

Que ferions-nous dans de telles circonstances? Waad, elle, est décidée de prouver ses droits et libertés en militant contre le pouvoir de Bachar Al-Assad, elle nous présente plusieurs marches et manifestations, remplies de sourires, de cris, de personnes de tout âge. On se croit dans une fête, les couleurs se mélangent, virevoltent et s’assemblent, se sont de jolis scènes qui embrassent l’espoir puisque les gens qui font ses manifestations se lèvent et crient, dans l’espoir de se faire entendre!

Sama tenant une affiche « What’s Justice? », Pour Sama, 2019.

Malgré les moments sombres, Waad nous embarque dans les minutes heureuses de sa vie, par exemple en assistant à son mariage, l’une des plus belles scènes du documentaire qui est aussi très personnelle. Ceci nous rapproche très fortement de Waad et Hamza, son mari. Dans ces scènes, on oublie les bombes qui se font larguer, les appartements en feu, la misère, la mort et la tristesse. On ne voit que le bonheur d’une famille qui danse sous une musique qui transpire de joie, qui profite de la vie comme n’importe qui. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit au bonheur eux aussi? C’est bien pour ça que Waad fait ce documentaire, montrer qu’elle se bat pour avoir le bonheur, elle le mérite aussi.

Mais malheureusement, certaines personnes ne connaîtront pas cette liberté, cette joie de ne pas avoir des avions militaires au-dessous de leur tête, de ne pas être les martyrs de Bachar Al-Assad. Hamza, le mari de Waad, nous offre la possibilité de voir les centaines de patients qui longent les couloirs de l’hôpital qu’il a créé de toutes pièces. C’est le cas d’appeler ça; les couloirs de la mort… Mon cœur se serrait tellement, mon sang se faisait extraire en voyant toutes ses personnes, martyrs des décisions d’un seul homme à la tête de leur pays, souffrir. J’entends encore les cris qui font écho dans l’hôpital qui a de la difficulté à ne pas trembler. On voit l’inhumanité, l’horreur, la méchanceté de l’homme qui fait subir des souffrances atroces dans ces couloirs. Les émotions que nous offre Waad sont fortes et réelles, puisqu’elle ne peut même pas rester voir ce massacre qu’Hamza vit chaque jour.

La perte d’une jeune vie, Pour Sama, 2019

Malgré la perte un à un de ses proches, Waad ne se laisse pas abattre, surtout depuis la naissance de sa fille; Sama, signifiant « Ciel », probablement dans l’espoir de revoir un ciel bleu sans peur. Elle met toute son énergie pour donner la plus belle des vies à son enfant, elle veut le meilleur pour Sama et filme chacune de ses décisions pour lui prouver, plus tard, qu’elle aura tout essayé.

Mais à ce moment, les forces de Bachar deviennent de plus en plus puissantes et on sent cette pression sur Alep qui rétrécit. Les habitants partent vivre ailleurs, dans une ville qui se soumet, malheureusement. On sent que Waad voit sa ville perdre espoir et ça nous fait aussi mal. Mal de savoir que notre journaliste est inquiète, que ses projets de sauver Alep vont peut-être tomber à l’eau. Bien que Waad essaie de repeindre la ville aux couleurs de l’arc-en-ciel, on le sait bien, c’est un masque qui veut couvrir toutes les blessures qu’on a fait subir à celle-ci.

Le moment décisif de quitter Alep se fera lorsque les hôpitaux se feront bombarder. Waad aime beaucoup sa ville, son pays, ses droits, mais rien ne vaut plus que la sécurité de Sama, et de son deuxième enfant qui grandit en elle. Elle se dit sûrement qu’il est temps de vivre une nouvelle vie ailleurs, loin des blessures, des morts et des ruines. Derrière elle, Waad laisse des transports et des murs colorés, des souvenirs qui valent plus chers que tout l’or du monde, une bataille qu’elle continuera hors de cette ville qui se fait manger par la haine et l’injustice.

Bref, Pour Sama est un documentaire très personnel, qui donne de réels coups de poing dans la poitrine que ce soit par les différentes émotions qu’on ressent et l’injustice qu’on ne voit pas, un film qui vaut le coup d’œil que ce soit par le visuel de l’horreur humaine ou pour tout l’espoir que donne ce film, l’entraide, la générosité, la volonté de vouloir ses droits. Même loin de cette ville qui est importante pour la journaliste, celle-ci continuera de la protéger à travers de ses articles et reportages, l’espoir reste donc toujours, même loin de ce qu’on veut protéger.

Malia Renault, 25 Septembre 2020, Saint-Charles-Borromée

Note : 4.5 sur 5.

Syrie, Royaume-Unis, USA. 2019
For Sama
Réalisé par : Waad Al-Kateab, Edward Watts
100 minutes
ft. Waad Al-Kateab, Hamza Al-Khateab, Sama Al-Khateab


Disponible ici

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