Star Wars: Du nouvel espoir à la descente des Skywalkers

La saga Star Wars a déjà été abordée sous la bannière Arcalux, sous la forme du premier épisode d’Equilibrium (que vous pouvez trouver ici), mais je ne faisais pas encore partie de l’équipe à cette époque, et j’ai beaucoup à dire sur cette galaxie lointaine, très lointaine. Il y a quelques mois, Disney nous livrait le dernier opus de la nouvelle trilogie avec l’épisode IX. C’est donc le moment parfait pour prendre du recul et observer celle-ci dans son ensemble. Bien que fortement critiquée dès la sortie du premier volet, un box-office total de plus de 4 milliards de dollars prouve le succès de cette trilogie. Mais en cherchant les chiffres, j’ai remarqué que l’épisode VII est responsable de près de la moitié de ce montant, avec plus de 2 milliards de dollars. Si l’on prend le box-office comme mesure du succès des films, alors Le Réveil de la Force est de loin le plus populaire. C’est d’ailleurs mon film préféré de la saga. Qu’est-ce qui explique sa popularité face aux autres volets? Prenons le temps de revenir en détail sur celui-ci, afin d’analyser les attentes des spectateurs pour la suite de la trilogie. Il nous sera ensuite possible de tirer des conclusions sur la direction prise pour les épisodes suivant, et comprendre pourquoi le public n’était pas au rendez-vous pour les suites (pour un Star Wars du moins).

Luke Skywalker, Leia Organa, et Han Solo dans Star Wars épisode IV: Un Nouvel Espoir, 1977.

L’épisode VII est un «remake» réadapté de l’épisode IV, c’est un fait peu disputé aujourd’hui. C’est pourquoi il est si intéressant de comparer les protagonistes et antagonistes principaux de ces deux films. Leurs entrées en scène sont un excellent point de départ. Dans Star Wars épisode IV : Un Nouvel Espoir, le film commence par un vaisseau impérial abordant un navire rebelle. Les Stormtroopers arrivent, attaquent tout ce qui bouge, avant de faire place à une figure sombre, impassible, qui ne peut que regarder de haut tellement il est grand. Il torture un prisonnier sous nos yeux, demandant une information capitale, jusqu’à le tuer, pour finalement le laisser retomber au sol sans sommation. Cette exposition rapide présente une figure terrifiante, froide, puissante, une véritable icône du Mal, en quelques minutes seulement et avec très peu de paroles. Le costume en fait pour beaucoup, avec la cape sombre qui ajoute à la masse, le casque large et les yeux énormes du masque qui semblent tout observer. Finalement, le son du respirateur qui donne au tout un semblant de calme, plus troublant encore par sa dichotomie avec le reste du personnage qu’est Darth Vader.

Sans analyser chaque scène du film avec l’antagoniste, la narration reste constante sur la cruauté et la force de Vader. Il règne par la peur, torture la Princesse Leia, et s’apprête même à tuer Luke avant d’être interrompu par Han Solo et Chewbacca. Darth Vader est un monolithe, une figure unidimensionnelle du mal, que tout le monde peut détester et adorer.

Le protagoniste, Luke Skywalker, est quant à lui un jeune fermier sur une planète désertique qui rêve d’aventures. Sa rencontre avec des droïdes transportant une information capitale le propulse dans une guerre aux dimensions galactiques où il découvrira ses forces et ses capacités. Le personnage est jovial, idéaliste et connait très peu le monde. Le costume est simple, avec des couleurs de blanc et beiges, et le charme de Mark Hamill solidifie le tout en un protagoniste facile à aimer, dans lequel on peut facilement se projeter.

Star Wars épisode VII: Le Réveil de la Force, 2015.

Star Wars épisode VII : Le Réveil de la Force nous présente d’abord Kylo Ren d’une manière assez semblable à son grand-père. Des Stormtroopers attaquent un village, une figure sombre et masquée débarque et interroge un prisonnier, pour finalement le tuer. Mais des différences notables se présentent assez tôt. Alors que Darth Vader est une figure droite, large et imposante, Kylo Ren porte un costume moins détaillé, ses épaules sont basses, courbées, il s’accroupit pour parler aux prisonniers. Il tue Lor San Tekka (le vieil homme qui donne la carte à Poe Dameron) par frustration, sur un coup de tête.

Le reste du film continue à lentement détruire la figure d’abord effrayante de Kylo Ren pour nous montrer Ben Solo, un homme séduit par le pouvoir du côté obscur et qui ressent encore l’appel de la lumière. Malgré cela, la narration appuie fortement son impatience, sa cruauté et sa colère débordante. On voit même son visage, celui d’un jeune homme arrogant et insécure qui cherche désespérément à atteindre l’idéal qu’est Darth Vader. À ce moment du film, lorsqu’il perd un combat mental contre Rey, l’image d’abord menaçante de Kylo Ren est totalement déconstruite.

Masque brulé et fondu de Darth Vader dans Star Wars épisode VII: Le Réveil de la Force, 2015.

Une fois arrivé au dernier acte du film, Ben Solo est confronté à son père, une figure de son passé. La narration offre un choix à l’antagoniste, celui de revenir à la lumière. Mais au lieu de cela, il assassine froidement Han Solo devant les yeux de Rey, Finn, et Chewbacca. Cet acte semble être un reflet du choix final de Luke dans la trilogie originale – celui d’épargner Vader, son père – ce qui cémente sa transformation en jedi. Au contraire de Luke, Kylo Ren tue son père, ce qui affirme une fois pour toute son rôle d’agent du mal. À ce moment précis, l’ascension de l’antagoniste est complète. Il est récompensé avec une large cicatrice dans le visage, et le gouffre qui s’ouvre littéralement entre Ren et Rey est un symbole fort qui sépare la nouvelle génération du côté obscur et de la lumière.

Rey, de son côté, est aussi semblable en apparence à Luke. C’est une jeune pilleuse d’épaves bloquée sur une planète désolée, qui rêve d’aventures. Elle croise un droïde d’une importance capitale, ce qui déclenche une épopée où elle découvrira ses forces. Mais certaines différences notables les séparent. Là où Luke Skywalker est un nom complet et annonciateur de sa destinée, Rey ne possède aucun nom de famille. Alors que Luke est sauvé par son mentor et se fait balader dans la première partie du récit, Rey est adepte au combat et prend des décisions dès le début du film. L’épisode IV passe son temps à mentionner à quel point Luke est un excellent pilote, mais ne nous le montre que durant le combat final, tandis que Rey démontre ses talents de pilote durant sa fuite sur Jakku, avec le Faucon Millénium.

Rey, Finn, et BB-8 dans Star Wars épisode VII: Le Réveil de la Force, 2015.

Il nous reste à aborder un dernier personnage, Finn. Un Stormtrooper depuis l’enfance, il est traumatisé par son premier combat réel et refuse d’obéir à l’ordre d’exécuter des villageois innocents. Avec l’aide de Poe Dameron, un pilote de la Résistance capturé par le Premier Ordre, il tente de s’échapper et rencontre Rey. D’abord effrayé, il cherche à fuir le plus loin possible avant la capture de Rey par Ren. Cet évènement déclenche chez lui la motivation nécessaire pour faire face à ses démons et se battre contre le côté obscur. Il va même jusqu’à se battre au sabre laser contre Kylo Ren en tentant de protéger Rey. Il n’existe aucun personnage comparable dans l’épisode IV, c’est donc un ajout frais au récit qui fait un grand bien. L’histoire de Finn est un reflet de celle de Ben Solo : alors que l’un nait dans les meilleures circonstances, l’autre est formé depuis l’enfance pour être une machine de guerre. Pourtant, Ren rejoint le Premier Ordre tandis que Finn s’en échappe, aidant au passage la Résistance.

Le point de départ logique à la narration pour les suites serait donc de continuer à renforcir le lien entre Finn et Rey tout en démonisant davantage Kylo Ren, afin d’en faire une figure aussi iconique que son Grand-Père. Lorsque l’épisode VII est sortie, plusieurs ont critiqués les similitudes entre ce dernier et l’épisode IV. Mais si le but de la production était effectivement de faire miroir à la trilogie originale, alors il est normal de baser nos attentes sur cette dernière. Une réécriture du mythe de l’élu de la prophétie n’est pas un mauvais choix en soit, du moment qu’on nous présente le tout de manière intéressante et consistante dans la narration.

Et pourtant… Star Wars épisode VIII : Le Dernier Jedi sortit en fin 2017 prend dans ses mains les parcours entamés de nos personnages principaux, roule le tout en boule, et lance ladite boule dans une poubelle en feu. Je ne me pencherai pas aussi longtemps sur ce film, je dirai seulement qu’après avoir facilement tué son père dans le précédant épisode, Kylo Ren hésite maintenant à tuer sa mère au début du film, pour continuer à osciller entre le bien et le mal. Finn, qui avait trouvé son courage et prouvé sa détermination, est relégué au rang de personnage secondaire dont la moitié des lignes de dialogue est de crier le nom d’autres personnages. Son opposition narrative à Kylo Ren est abandonnée, et son parcours de jedi s’arrête net. Rey, qui a regardé Kylo Ren tuer Han Solo (sa première vraie figure parentale) pour ensuite le blesser sauvagement, commence soudainement à développer des sentiments pour lui au travers d’une connexion jusque-là jamais abordée.

Star Wars épisode IX: L’Ascension de Skywalker, 2019

Ces changements radicaux apportent, selon moi, la plupart des problèmes des épisodes VIII et IX. Kylo Ren recommence son parcours d’antagoniste à zéro, ce qui l’amène à tuer le Suprême Leader Snoke pour prendre sa place. Afin de garder la romance entre lui et Rey (romance affreusement forcée), Star Wars épisode IX : L’Ascension de Skywalker se voit dans l’obligation d’apporter un nouvel antagoniste encore plus grand sous la forme de l’Empereur Palpatine (jusque-là considéré comme mort depuis des décennies). La possibilité de voir Finn en jedi est écrasée, pour ne laisser que quelques indices sur sa connexion à la Force et à Rey. D’ailleurs, l’attirance que cette dernière ressent envers Kylo Ren balaie d’un coup la dichotomie entre les personnages qui rendait leurs interactions si intéressantes d’abord.

Pourquoi changer de cap de manière aussi brusque? Je crois sincèrement que la réponse à cette question n’est nulle autre que la compagnie qui possède désormais la saga Star Wars. Ces trois cercles énormes qui projettent leurs ombres sur la quasi-totalité du divertissement américain de nos jours : Disney. C’est une accusation large, alors précisons : il est question ici du modèle d’affaire de Disney, qui cherche à vendre un produit plutôt qu’une œuvre d’art. Retournons en fin 2015 et début 2016, au moment où Star Wars épisode VII : Le Réveil de la Force est encore frais. La popularité de Kylo Ren était à son paroxysme. Le design du personnage en fait une figure parfaite pour mettre sur tous les produits commerciaux imaginables. Moi-même victime de ce phénomène, je possède un petit oreiller à son effigie. C’est donc mon hypothèse que, voyant la popularité de l’antagoniste face aux protagonistes, les désirs mercantiles prirent le dessus sur la ligne narrative préétablie. Afin de permettre une plus grande production de jouets et articles divers sur le thème de Kylo Ren, l’équipe de production donna au personnage une place beaucoup plus importante de protagoniste, reléguant Finn à la place d’un personnage secondaire. Nous sommes ici en territoire inconnu, puisque ce ne sont que des suppositions, mais il est possible que la connexion par la Force entre Rey et Ben Solo soit une idée recyclée d’une connexion similaire entre Finn et Rey au départ, qui me semble beaucoup plus probable lorsque l’on prend l’histoire de l’épisode VII à part du reste de la trilogie.

Au final, je ne peux pas prétendre connaître les intentions de bases de la nouvelle trilogie. Il est tout à fait possible que les décisions narratives que j’ai vivement critiquées étaient alignées aux intentions de départ, et que ma frustration vis-à-vis ces dernières ne soit provoquées que par une interprétation erronée de l’épisode VII. Mais si c’était effectivement le cas, je pourrais alors me questionner sur le choix du VII d’être un remake. La dernière trilogie Star Wars, malgré ses défauts, nous offre une histoire marquante sur les liens qu’entretiennent diverses personnes provenant de conditions radicalement différentes. Dans ce cas, pourquoi faire du premier volet un décalque narratif d’une épopée héroïque? La dissonance entre les épisodes VII, VIII et IX empêche cette trilogie d’atteindre les sommets de l’original, ce qui est dommage lorsque l’on imagine le potentiel de départ. Je crois malgré tout que l’univers de Star Wars mérite d’être étudié encore plus, mais les exemples récents me font croire que l’avenir de la saga se trouve dans des médias alternatifs, comme les séries ou les jeux-vidéos, plutôt que sur le grand écran.

Jade Rainville, Rouyn-Noranda.

Un avis sur « Star Wars: Du nouvel espoir à la descente des Skywalkers »

  1. Intéressante lecture en laquelle je me retrouve, du moins partiellement.
    Je suis aussi très friand de l’épisode VII, à mon sens une merveilleuse reprise en main d’une saga d’aventure devenue une dramaturgie lourdement shakespearienne sur fond vert durant toute la prélogie. Celle-ci n’est certes pas dénuée d’intérêt, loin s’en faut, le premier et le troisième épisode sont tout à fait honorables. On pourra en dire autant de cette nouvelle trilogie qui clôt la saga, alourdie effectivement par tronçon central incohérent et erratique, rattrapé non sans dégât par Abrams dans l’épisode conclusif.

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