La SexoThérapie Adolescente, Le Nouveau Contenu «Gold» des Séries TV

Une Analyse Comparée de Big Mouth (2017) et de Sex Education (2019).

« It Seems Today That All You See is […] Sex On TV ! » Cette phrase chantée par le personnage de Lois Griffin dans l’opening de la série animée Family Guy n’a jamais été aussi vraie…
C’est un fait connu du grand public. Un fait qui a même largement contribué au marketing des chaînes câblées américaines au début de l’âge d’or des Séries TV. On ne compte plus vraiment les productions audiovisuelles du petit écran qui abordent de près ou de loin la thématique du Sexe. Mais au-delà du plaisir coupable de visionner ce genre de programme et de la réprimande puritaine par une partie de la société qui y est engendrée, qu’apporte vraiment cette catégorie de contenu dans le paysage télévisuel ?

Et bien, force est de constater, que ces séries TV dressent un portrait du monde et apportent des réflexions sur les relations humaines à différents niveaux (au sexe, d’accord… mais aussi à l’amour, aux émotions, aux sentiments et à l’autre). Sans doute parce qu’il s’agit d’un sujet encore (trop) tabou et pourtant fondamental dans la construction de soi-même et dans nos relations à notre environnement, voilà pourquoi la sexualité est devenue un contenu apprécié par le public adepte des abonnements aux câbles. Les lois régissant les médias ont seulement permis la diffusion de ces programmes sur ce type de réseau afin de maintenir une forme de bienséance dans l’accessibilité des contenus audiovisuels aux plus jeunes.

Mais, au début des années 2010 arrivent les services de VOD et de SVOD qui s’emparent pleinement des recettes pour créer leurs propres productions. Entraînant avec eux une redéfinition de l’accès aux « sériephiles », peu importe leur âge.
Et le studio qui a su en tirer partie à bon escient, c’est Netflix…

Big Mouth est une série d’animation américaine créée par Nick Kroll, Andrew Goldberg, Jennifer Flackett et Marc Levin, comptant trois saisons. Sex Education est une série comédie-dramatique britannique créée par Laurie Nunn, dont la deuxième saison est sortie en début d’année. Ces deux séries sont des programmes originaux de la plateforme dirigée par Reed Hastings.

Sur papier, tout semble séparer ces deux productions. Et pourtant, les thématiques abordées sont très similaires…

Big Mouth retrace le quotidien d’une bande d’adolescents en pleine crise de puberté. Le créateur Nick Kroll a d’ailleurs reconnu que Big Mouth était en partie auto-biographique. Quant à Sex Education, l’histoire raconte le quotidien de deux lycéens menant une cellule clandestine de thérapie sexuelle dans leur établissement scolaire. (Tiens, tiens…🤔)

Les deux aventures se déroulent au beau milieu de cette jungle sauvage que l’on appelle plus communément l’enseignement secondaire… Où chaque personnage évolue face à ses propres caprices hormonaux et à l’adversité du regard des autres. Pendant très longtemps, ce type de format était destiné aux adultes (Californication, Nip/Tuck, True Blood, La Méthode Kominsky…), seule la série Skins faisait exception. Dorénavant, le public adolescent a enfin des séries qui s’adressent à eux, avec des personnages auxquels ils peuvent plus facilement s’identifier. D’où le choix très approprié d’avoir pris la première plate-forme de SVOD pour héberger leurs contenus, définitivement plus accessible pour le public concerné que la TV traditionnelle.

Les séries Sex Education et Big Mouth ne sont pas seulement brillantes dans leur pitch mais aussi dans la subtilité de leur écriture. Elles s’emparent des stéréotypes de personnages d’ados pour mieux les déconstruire et rendre palpable la tension qui résulte de la distance pré-instaurée entre les différents groupes d’adolescents. On y retrouve aussi cette dualité, souvent rivale, qui découle de la crainte du rejet ou de la difficile acceptation de soi-même. Des sportifs populaires aux nerds et freaks plus marginaux, chaque personnage reçoit un traitement scénaristique bienveillant visant à dévoiler les différents malaises et complexes qui persistent dans le monde adolescent.

Alors, pourquoi Sex Education et Big Mouth sont-elles très importantes à découvrir?Parce que leur inventivité va au-delà du simple constat que l’on pourrait penser en les qualifiants de mix entre Sex And The City et The Big Bang Theory

Bien que le potentiel comique des deux séries soit bien établi, elles abordent des sujets assez dramatiques. Ici, les antagonistes se nomment « Anxiété Sociale » et « Pulsions Hormonales », tous ces troubles qui rendent la période adolescente particulièrement pénible et flippante pour chacun. Le brio de Big Mouth et de Sex Education est d’avoir réussi à s’emparer de ces sujets sensibles et de les avoir transcrits dans un genre de comédie plutôt feel-good.

Comment ? Et bien dans un premier temps, il faut reconnaître que Big Mouth fait preuve de beaucoup… mais alors beaucoup d’auto-dérision. Son format animé permet une liberté d’écriture plus fantaisiste et un ton plus absurde et subversif, avec des personnages très imagés et imaginaires (Comme ceux de Connie et Maury, qualifiés de « Monstres Hormonaux », sorte de consciences à la fois angéliques et démoniaques qui se révèlent plutôt comme des figures de mentors pour des ados en pleine puberté). Grâce à son ton déjanté, Big Mouth demeure éducatif et empathique sur les bouleversements causés par les idylles et la découverte de son corps.

L’arme de Sex Education face au désarroi des ados en pleine crise existentielle (et sexuelle) réside plutôt dans sa capacité à amener à relativiser face aux différents troubles qui hantent chaque personne. À travers ses dialogues humoristiques, mais aussi pourvu de bon-sens et quelques faits scientifiques et psychologiques sur la question, Sex Education permet d’apporter réconfort et solutions à plusieurs problèmes encore trop passés sous silence (comme le harcèlement sexuel, l’angoisse de performance ou encore les questionnements identitaires.) La série de Laurie Nunn soulève clairement les enjeux et l’importance du dialogue sur la vie sexuelle des adolescents.

Sex Education et Big Mouth ont donc un objectif commun: celui de briser le silence et le tabou qui règne face aux angoisses et questionnements sur le plan anatomique et émotionnel qui traversent chaque futurs adultes. Elles s’attardent sur les différents conflits que rencontrent les ados durant leur construction. Ce sont de vrais remèdes face aux problèmes des méconnaissances sexologiques, de l’archaïsme des cours d’éducation sexuelle, du machisme ambiant, du bodyshaming et de la frustration engendrée. Elles procurent le plus grand bien en envoyant clairement un message qui dit à tous ces auditeurs : « Vous n’êtes pas seuls ». Au fil des épisodes, les deux séries parviennent à mettre des mots et des actions sur ces conflits intérieurs. Ces conflits qui nous ont tous fait sentir comme des détraqués différents de ce qui semble être la norme au regard des autres. Pourtant, Big Mouth et Sex Education sont une véritable ode à l’empowerment, à la complicité dans la différence (qui n’est pas si présente) pour surpasser le sentiment de solitude.

Ces deux productions retracent le récit initiatique de l’adolescence, des premiers émois et de l’éveil sexuel. Chaque drama est abordé de manière légère, en restant très connecté avec le domaine de l’intime. À leur façon, les deux séries TV apportent réconfort, conseils et ironie. Plus que thérapie sexuelle, l’expérience que proposent Big Mouth et de Sex Education prend aussi la forme de thérapie du rire.

Victor Colt

Big Mouth :

Sex Education :

Note : 3.5 sur 5.

Note : 4 sur 5.

5 avril 2020. Montréal. Arcalux.ca

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