Anomalisa, ou la métalepse grandeur échelle

Charlie Kaufman est un scénariste qui s’est fait connaître à Hollywood récemment par son style d’écriture unique et par son habileté à jouer avec les spécificités du cinéma. Après avoir réalisé son premier film en 2008, « Synecdoche, New York », Kaufman revient en 2015 avec le film d’animation « Anomalisa » qu’il a écrit et co-réalisé avec Duke Johnson. « Anomalisa » se distingue des autres films du genre comme « Fantastic Mr.Fox » ou « Sausage Party » grâce à son scénario solide qui renfermant plusieurs ruptures aux différents niveaux narratifs, aussi connu sous le nom de métalepses. Par contre, avant d’entrer dans le vif du sujet, je crois qu’il serait important de montrer deux choses : La première est que le personnage principal du film, Michael, souffre d’une grande solitude, et la deuxième est que le film utilise des échos afin de renforcer l’idée que le monde dans lequel Michael vie est composé de répétition et de copies.

Dans un premier temps, on peut remarquer la solitude de Michael par quelques détails subtils à son arrivée à l’hôtel. Si au départ il semble pressé d’être enfin seul, limitant ses interactions avec d’autres gens au strict minimum, on verra rapidement que Michael montre des signes qu’il cherche à être en contact avec des gens. Un premier évènement survient lorsque Michael décide de se commander de la nourriture à sa chambre. Il prend le téléphone et se retrouve devant cinq boutons différents pour commander de la nourriture : Un serveur tenant un plat, une assiette, un hamburger, un pilon de poulet et un poulet entier. Michael va appuyer sur le seul bouton sur lequel il y a un être humain, symbole de sa solitude et de son désir d’être en contact avec quelqu’un d’autre. Plus tard, Michael va sortir du bar et se rendre dans un magasin de jouet érotique sans le savoir. Il va y trouver une poupée japonaise, le seul jouet dans le magasin à ressembler de près ou de loin à un être humain, et la ramener chez lui. Cela montre encore une fois que Michael cherche désespérément quelconque contact humain. Pour ce qui est des échos, les plus importantes se produisent dans l’hôtel encore une fois. Lors de son arrivée, Michael est escorté à sa chambre par un valet de chambre qui répétera au début et à la fin de la conversation « Mynameis Dennis ». Une fois rendue dans la chambre, Michael va regarder les magazines posés sur la table. Sur l’un de ceux-ci, on peut y lire « Try the Chili! », phrase faisant écho à la même phrase utilisée par le chauffeur du taxi ayant emmené Michael à l’hôtel. Plus tard, on verra également un panneau publicitaire à l’extérieur de la chambre de Michael qui fera écho à une autre phrase du chauffeur de taxi. Sur ce panneau se trouve une publicité du Zoo de Cincinnati sur laquelle il est écrit « It’s zoo-sized! », qui est également une phrase dites par le chauffeur de taxi. Ses trois évènements, ainsi que d’autres détails parsemés dans le film, viennent appuyés l’idée que le monde de Michael est constitué de copies, de répétitions qui s’enchaînent, laissant Michael prisonnié d’une vie monotone qui reboucle sans cesse.

Maintenant que ses points sont clarifiés, il est bon de préciser que le film ne se distingue non pas seulement pas le fait qu’il emploie la métalepse, mais surtout parce que celle-ci est présente durant presque l’entièreté du film. Dès les premières minutes du film, on expose le fait que le film en est un par la façon dont les marionnettes sont construites. Tout d’abord, tous les personnages mis à part Michael et Lisa partagent le même visage. Il s’agit donc de copies faites à grande échelle afin d’habiller le visage de chaque personnage non important à l’histoire. De plus, on peut remarquer que les têtes des personnages sont divisées en trois parties, soit la partie inférieure du visage où se trouve la bouche, la partie supérieure où se trouve les yeux et le front, ainsi que le derrière de la tête. Cette séparation visible démontre encore une fois que l’on est devant une œuvre de fiction, puisque l’on tente normalement de cacher ou de camouflé ce type d’imperfection dans un personnage non humain. Ici, au contraire, les réalisateurs ont fait le choix artistique de dévoiler au spectateur les défauts de leur création afin de montrer implicitement la dimension diégétique du film. Plus encore, cette disgression vient aider directement le discours narratif du film, puisque nous voyons le monde selon les yeux de Michael, qui souffre du syndrome de Fregoli. Même si cela n’est jamais mentionné de façon explicite, le nom de l’hôtel où réside Michael (Le Fregoli) ainsi que les symptômes de cette maladie mentale, soit de croire que tous les individus ne sont qu’une seule et même personne, sont de bons indices quant à l’état mental de Michael. On parle alors ici de métalepse ontologique extérieure horizontale. Ontologique dans un premier temps puisqu’elle affecte directement le niveau narratif : Le fait que tous les personnages partagent le même visage affecte la façon dont nous percevons l’histoire en tant que spectateur, puisque si au contraire tous les personnages avaient un visage différent, nous ne comprendrions pas les agissements de Michael. Ensuite extérieure et horizontale puisqu’elle se produit à cause du narrateur de l’histoire, Michael. Il y a donc une dissonance entre la réalité diégétique et la réalité extradiégétique du mental du narrateur, Michael, qui voit le monde d’une façon différente de ce qu’il est réellement. Cependant, ce plan narratif se trouve sur une ligne droite, puisque le film ne suit pas le monde intérieur de plusieurs narrateurs. La réalité et l’imaginaire de Michael sont différents, certes, mais ils se trouvent sur le même niveau de réalité à l’intérieur de la diégèse.

Maintenant que ses points sont clarifiés, il est bon de préciser que le film ne se distingue non pas seulement pas le fait qu’il emploie la métalepse, mais surtout parce que celle-ci est présente durant presque l’entièreté du film. Dès les premières minutes du film, on expose le fait que le film en est un par la façon dont les marionnettes sont construites. Tout d’abord, tous les personnages mis à part Michael et Lisa partagent le même visage. Il s’agit donc de copies faites à grande échelle afin d’habiller le visage de chaque personnage non important à l’histoire. De plus, on peut remarquer que les têtes des personnages sont divisées en trois parties, soit la partie inférieure du visage où se trouve la bouche, la partie supérieure où se trouve les yeux et le front, ainsi que le derrière de la tête. Cette séparation visible démontre encore une fois que l’on est devant une œuvre de fiction, puisque l’on tente normalement de cacher ou de camouflé ce type d’imperfection dans un personnage non humain. Ici, au contraire, les réalisateurs ont fait le choix artistique de dévoiler au spectateur les défauts de leur création afin de montrer implicitement la dimension diégétique du film. Plus encore, cette disgression vient aider directement le discours narratif du film, puisque nous voyons le monde selon les yeux de Michael, qui souffre du syndrome de Fregoli. Même si cela n’est jamais mentionné de façon explicite, le nom de l’hôtel où réside Michael (Le Fregoli) ainsi que les symptômes de cette maladie mentale, soit de croire que tous les individus ne sont qu’une seule et même personne, sont de bons indices quant à l’état mental de Michael. On parle alors ici de métalepse ontologique extérieure horizontale. Ontologique dans un premier temps puisqu’elle affecte directement le niveau narratif : Le fait que tous les personnages partagent le même visage affecte la façon dont nous percevons l’histoire en tant que spectateur, puisque si au contraire tous les personnages avaient un visage différent, nous ne comprendrions pas les agissements de Michael. Ensuite extérieure et horizontale puisqu’elle se produit à cause du narrateur de l’histoire, Michael. Il y a donc une dissonance entre la réalité diégétique et la réalité extradiégétique du mental du narrateur, Michael, qui voit le monde d’une façon différente de ce qu’il est réellement. Cependant, ce plan narratif se trouve sur une ligne droite, puisque le film ne suit pas le monde intérieur de plusieurs narrateurs. La réalité et l’imaginaire de Michael sont différents, certes, mais ils se trouvent sur le même niveau de réalité à l’intérieur de la diégèse.

Plus tard dans le film, juste avant sa rencontre avec Lisa, Michael se regarde dans le miroir de sa salle de bain lorsque son visage se met à convulser et à émettre des sons étranges ressemblant à des cliquetis mécaniques. Ses expressions faciales changent sans que Michael n’en ait le contrôle, et la partie basse de bon visage semble commencer à se détacher. Michael porte ses mains à ses joues et commence doucement à tirer sur la partie inférieure de son visage, comme pour voir ce que si cache derrière. Par cette scène, Kaufman pousse plus loin cette notion de « visages interchangeables » donnant l’impression que le monde dans lequel Michael vit n’est pas réel, qu’il n’est qu’une fabrication. Le personnage principal, face à son reflet, se retrouve face à quelque chose qu’il ne comprend pas, puisqu’il est la seule personne avec des traits de visages qui diffèrent des autres. On peut supposer qu’à ce moment Michael prend peur face aux convulsions de son visage et cherche à savoir si son visage peut également être remplacé, ce qui expliquerait pourquoi il tente de se l’enlever.

Un peu plus tard, Michael rêve qu’il est harcelé par tous les membres de l’hôtel qui seraient tous amoureux de lui. Plus encore, ceux-ci veulent que Michael en choisisse un d’entre eux, tant que Michael ne choisisse pas Lisa. Puisqu’il s’agit d’un rêve, le spectateur entre encore plus profondément dans l’inconscient de Michael, et par conséquent dans la métalepse qui forme le film. En plus de partager le même visage et la même voix, tous les personnages dans le rêve de Michael partagent maintenant aussi la même motivation, soit celle d’obliger Michael à ne pas être épanoui avec quelqu’un de différent. On dégage donc cette idée qu’il existe deux types de personnes dans la subjectivité de Michael : Les copies, qui sont des gens identiques avec une voix identique, et les anomalies, des gens qui diffèrent de ce modèle, comme Lisa. Pour Michael, les anomalies sont sa seule libération d’un monde de solitude monotone où chaque jours et personnes se ressemblent. Alors que Michael, toujours dans son rêve, fuit les copies pour retrouver Lisa, la partie inférieure de son visage se détache et tombe sur le sol. Le spectateur est alors exposé à une construction en plastique sur laquelle la partie du visage de Michael s’insère normalement. Sur ce crâne de plastique, on peut lire les mots « M_sH_Skull ». Le « M_sH » renvoie au terme « mesh », utilisé dans les différentes sphères de l’animation pour indiquer une forme quelconque. Il s’agit donc du « mesh » qui compose le crâne de Michael. Michael prend alors sa bouche sur le sol et l’observe bouger alors qu’il ne la contrôle plus. Cette scène symbolise deux choses très importantes sur le plan narratif. Premièrement, le fait que Michael perd le contrôle de sa bouche, qui est une extension de son être, montre qu’il est en train de perdre contrôle de sa vie de façon plus grande. Ensuite, cela montre au spectateur ainsi qu’à Michael que même s’il a le sentiment d’être différent des autres, il demeure une « mesh » interchangeable, puisqu’il n’est qu’un personnage d’animation. On a donc une transgression de la frontière entre l’univers narratif diégétique et l’univers extradiégétique, puisque cette métalepse indique qu’il existe un autre monde où Michael a été créé de toute pièce. Cette métalepse, contrairement aux autres dans ce film, est donc verticale, puisqu’elle amène un autre niveau de lecture narrative, dans laquelle Michael n’est qu’une marionnette interchangeable sur laquelle on greffe des parties en fonction de codes préétablis. Cependant, pour Michael cette scène signifie d’avantage qu’il n’est pas à l’abri des copies, et qu’il est possible qu’il finisse par se perdre et voir son visage être remplacé par celui d’une copie.

Après s’être réveillé de son cauchemar, Michael et Lisa déjeunent ensemble. Michael tient à quitter sa femme et partir avec Lisa, puisqu’elle est unique. Par contre, plus la conversation avance, plus Michael commence à remarquer certains défauts chez Lisa. À un certain point, Lisa se met à parler avec deux voix différentes : La sienne, et la voix générique des copies. Lisa va continuer à parler avec cette voix de choses très génériques, comme le zoo de Cincinnati mentionné plus tôt dans le film par le chauffeur de taxi, jusqu’à ce qu’il ne reste que la voix de la copie et que son visage soit devenu un visage de copie. Michael perd alors la seule personne spéciale qu’il avait rencontré depuis des années, et se retrouve devant l’évidence que le problème ne vient pas du monde autour de lui, mais de lui-même. Cela l’amènera à vivre une crise existentielle et fera également comprendre au spectateur la raison pour laquelle Michael a quitté Bella avant le début du récit qui est raconté. On comprend alors que Michael ne pourra jamais réellement être heureux ou trouver quelqu’un ou quelque chose d’unique tant et aussi longtemps qu’il ne règlera pas ses problèmes personnels.

À la toute fin du film, nous avons pour la première fois le point de vue d’un autre personnage, celui de Lisa, qui vient confirmer que la narrativité première de l’histoire est subjective à Michael. On voit dans cette scène finale Lisa qui a retrouvée son visage et sa voix normale à bord d’une voiture en mouvement. Elle écrit une lettre à Michael, puis, se tourne vers son amie Emily, qui a cette fois un visage unique. Les doutes du spectateur sont alors confirmés et celui-ci comprends que Michael est réellement atteint d’une maladie, et que la raison pour laquelle tous les personnages partagent le même visage est dû à cette maladie.Cette conclusion apporte une fermeture pour le personnage de Lisa, ainsi qu’un dénouement à la métalepse pour le spectateur, puisqu’elle vient expliquer aux spectateurs moins ferrés en cinéma la mécanique derrière les choix narratifs du film. Grâce à cela, « Anomalisa » laisse un impact sur le spectateur et l’oblige à former des liens dans sa tête afin de faire du sens à l’histoire en donnant plusieurs pistes de solutions.

Cette première métalepse sera aussitôt renforcée par une autre qui agira cette fois au niveau sonore. En effet, mis à part Lisa et Michael, tous les personnages du film partagent une seule et même voix, celle de l’acteur Tom Noonan. Cette pratique n’est pas étrangère aux films d’animations, puisque cela permet de limiter les coûts liés aux comédiens de doublage. Cependant, Tom Noonan utilise la même voix pour tous les personnages, ne changeant pas le timbre ni le ton de sa voix afin d’avoir une intonation homogène. Même si l’on entend plusieurs voix dès le départ, ce n’est que lorsque Michael écoute la chanson de l’opéra Lakmè que le spectateur prend conscience des voix étant toutes identiques. Il s’agit du même type de métalepse que celle mentionnée plus tôt, soit une métalepse ontologique extérieure horizontale, et ce, pour des raisons très similaires. Cette métalepse à un impact sur la narrativité et la façon dont l’histoire est déployée tout en demeurant dans le même niveau narratif. L’incidence de la voix sur l’histoire sera par contre beaucoup plus déterminante que celle de la forme des visages. On remarquera d’abord que Michael va dire à deux personnages ayant une voix normale, soit sa femme et Bella, qu’il est content d’entendre leur voix. Or, pour Michael, les deux femmes ont la même voix. Au début de la conversation avec Bella, il ne reconnaitra d’ailleurs pas sa voix, puisqu’elle parle comme toutes les autres personnes. Cette phrase, « I’msoglad to hearyourvoice » devient alors ironique en plus de jouer sur les concepts métaleptiques abordés plus tôt, puisque la voix que Michael se dit heureux d’entendre est la même voix qu’il entend du reste du monde, des enfants aux serveurs en passant par le chauffeur de taxi. Le spectateur reçoit donc un indicateur ici que soit Michael a abandonné tout espoir d’un jour entendre une nouvelle voix, ou qu’il ment tout simplement à son entourage. Par ce détail, on comprend que ce qu’on voit à l’écran n’est pas nécessairement la réalité, ou du moins que celle-ci a été altéré d’une quelconque manière afin de montrer l’intériorité du personnage de Michael dans le but de faire avancer l’histoire sur le plan narratif.

La voix de Lisa sera l’élément déclencheur qui apportera un rebondissement à l’histoire et entraînera la suite du récit. En effet, Michael entend sa voix pour la première fois alors que la scène du miroir se termine. Il se précipite alors à l’extérieur de sa chambre d’hôtel après s’être habillé, et se met à cogner à toutes les portes dans le but de retrouvé Lisa. Michael se retrouve à parler à plusieurs copies différentes, puis trouvera Lisa dans une chambre avec son amie Emily. Ils sortent tous les trois prendre un verre, et Lisa et Michael finissent par repartir ensemble, à la grande surprise de cette dernière. Lisa va commenter sur le fait qu’elle se trouve à la fois ordinaire tout en étant spéciale, mais pas de façon positive. À l’inverse, Michael voit en Lisa une personne unique, ce qui le rend très attiré vers elle. Il maintient son attention particulièrement sur sa voix, en demandant à Lisa de lui parler pendant qu’il l’embrasse et en lui demandant de chanter pour lui. La scène où Lisa chante « Girls justwanna have fun » est particulièrement chargée en émotion pour le personnage de Michael. Celui-ci se tait pendant que Lisa chante et va simplement l’observer dans le plus grand silence. Cela s’explique au niveau narratif puisqu’il s’agit sans doute de la première fois depuis longtemps où Michael entend une chanson avec une voix originale, puisque toutes les autres chansons entendues jusqu’à ce moment dans le film sont interprétées par la voix de Tom Noonan.

Après être rentré chez lui, Michael retrouve sa femme et son fils. Il donne un cadeau à son fils, une poupée antique japonaise trouvée dans un magasin de jouet érotique. Suite à cela, des amis de la famille sortent du salon en criant « surprise ». La femme de Michael, Donna, explique qu’elle voulait organiser quelque chose pour remonter le moral de Michael. Celui-ci est cependant indifférent par rapport à la situation, puisqu’il ne reconnait personne parmi les gens présents, puisque ceux-ci sont tous des copies. Donna quitte frustrée, et Michael se retrouve seul avec la poupée qui commence à chanter une chanson japonaise. Cette conclusion peut avoir l’air déprimante à première vue, mais lorsqu’on s’y attarde, on se rend compte d’un détail important qui vient donner une nouvelle lecture au film : La poupée chante avec une voix originale. En temps normal, Michael aurait entendu la chanson de la poupée par la voix de Tom Noonan, pourtant c’est une voix beaucoup plus douce qui en sort. Cette scène survient après la crise existentielle de Michael lors de son discours où il admet avoir un problème et où il voit la vérité en face quant au monde dans lequel il vit. Michael est toujours incapable de voir le monde tel qu’il est réellement, mais devient capable de discerner une voix différente des autres émanant de la poupée. Cela laisse présager sur le plan narratif que même si Michael termine le film seul, troublé et triste, l’espoir qu’il puisses un jour ravoir une vie normale est possible.

Samuël Larivière.

19 mars 2020. Montréal. Arcalux.ca

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